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L'approche Émotivo-Rationnelle
est relativement récente bien qu'elle puise
son origine chez plusieurs penseurs de l'antiquité tels
Socrate, Marc-Aurèle, Spinoza et Épictète.
Elle fut introduite au Québec vers le milieu des
années 70 par le psychologue et auteur prolifique
bien connu, Lucien
Auger, Ph.D, qui l'a alors traduit sous le nom de
Démarche Émotivo-Rationnelle (DER) ou
encore Psychothérapie Émotivo-Rationnelle
(PER).
À ses débuts, l'approche était
plutôt perçue négativement par
la population et par les professionnels du milieu.
Ils croyaient, à tort, que l'émotivo-rationnel était
une façon de rationaliser, c'est-à-dire
justifier ou intellectualiser les émotions ressenties.
En fait, pour être fidèle à la
PER, il serait préférable de traduire " rational " par
raisonnable plutôt que par rationnel. Au sens
cartésien, on entend par raisonnable, la capacité de
distinguer le vrai du faux. Il va sans dire que cette
capacité de raisonner est un outil indispensable
pour le développement de l'intelligence émotionnelle.
Depuis qu’Albert Ellis en a formulé les
premiers principes vers 1955, la PER a connu une croissance
importante dans les milieux américains et se
classe aujourd’hui parmi les formes les plus
utilisées de contact aidant. La recherche
scientifique est venue appuyer bon nombre de ses
postulats initiaux et les chercheurs ne cessent de
découvrir des éléments venant
confirmer les prétentions de la PER quant à l’efficacité de
Son application grâce à l'obtention de
résultats cliniques forts intéressants
dans le cas de plusieurs pathologies, troubles de personnalité,
problèmes comportementaux, compulsions et de
dépendances diverses. Autant axée sur
l'accueil, la reconnaissance, l'acceptation, la verbalisation
des émotions vécues que sur le changement
des cognitions, la PER a pour but d'entraîner
des comportements plus favorables à l'atteinte
des objectifs, mieux comprendre notre monde émotif
et finalement réduire l'intensité, la
durée et la fréquence des émotions
désagréables.
Médecins, psychiatres, travailleurs sociaux,
infirmières, éducateurs, conseillers
d’orientation, psychologues et mêmes parents
puisent dans la PER des réflexions qui leur
sont d’abord personnellement utiles et qui rendent
leurs interventions aidantes plus fructueuses.
L’initiateur de la psychothérapie émotivo-rationnelle
(PER) est sans conteste Albert
Ellis. Lui-même
raconte (Ellis et Whiteley, 1979) comment il en est
venu à formuler la PER en 1955, après
avoir pris une certaine distance quant à sa
formation de psychanalyste.
Il est intéressant de noter que cette forme
de thérapie a pris naissance à l’occasion
de problèmes personnels de son créateur.
Ellis rappelle que, pendant sa propre jeunesse, il
avait été affecté de divers problèmes émotifs,
entre autres d’une hantise de prendre la parole
en public. Pour vaincre cette peur, il apprit à adopter
une attitude réaliste quant aux dangers illusoires
qu’il imaginait et à combiner cette démarche
mentale à une désensibilisation in vivo
consistant à parler de plus en plus souvent
en public malgré ses malaises initiaux. C’est
ainsi que, plus de vingt ans avant de formuler les
premiers principes de base de la PER, son initiateur
les avait en quelque sorte découverts de façon
intuitive à l’occasion de ses difficultés
personnelles.
Suivit une période d’études et
de formation à la consultation matrimoniale
et à la consultation en thérapie sexuelle.
Un peu plus tard, Ellis se forme à la psychanalyse
et commence à pratiquer cette démarche
thérapeutique. Il déclare en être
venu graduellement à considérer la psychanalyse
classique comme désastreusement inefficace à cause
du peu d’attention qu’elle porte aux sources
cognitives des états perturbés, de l’importance
exagérée qu’elle accorde, selon
lui, aux événements passés de
la vie du client et de son omission complète
des méthodes de changement du comportement.
S’écartant de la pratique classique, il
en vient à pratiquer une forme de psychothérapie
d’inspiration analytique, mais il constate alors
que les résultats obtenus ne correspondent guère à ses
attentes. IL prend de plus en plus de distance par
rapport à tout ce qui s’appelle psychanalyse
et, finalement, en 1955, en arrive à formuler
ce qu’il appelle d’abord " Rational
Psychotherapy ". Un premier article portant ce
titre paraît en 1958 (Ellis 1958). Puis, en 1962,
Reason and Emotion in Psychotherapy est publié (Ellis,
1962); c’est le premier livre vraiment substantiel
ou les principes et la pratique de la PER sont exposés
en détail.
Parmi les sources dont il s’est inspiré dans
l’élaboration de la PER, Ellis se réfère
d’abord aux stoïciens antiques, parmi lesquels
se rangent au premier rang Épictète et
Marc-Aurèle. Suivent des philosophes comme Spinoza, Érasme,
Voltaire, Schopenhauer et d’autres auteurs plus
récents comme John Dewey, Bertrand Russel, Hans
Reichenbach et Ludwig Wittgenstein. Il reconnaît
aussi une parenté de pensée avec des
praticiens comme Karen Horney (1965) qui, elle aussi, était
arrivée à préciser de quelle manière
les humains se torturent eux-mêmes avec des « il
faut ».
Dès le début, la PER se présente
comme une méthode active et directive. Comme
il fallait s’y attendre, une opposition violente
se manifeste alors de la part de presque tous les principaux
théoriciens des années 50. Psychanalystes,
rogériens et thérapeutes d’orientation
existentielle trouvaient, et trouvent encore, la nouvelle
méthode trop directe, trop active et trop hardie.
Les thérapeutes d’orientation existentielle
et ceux qui sont centrés sur l’exploration
des émotions la trouvaient trop intellectuelle.
Quant aux behavioristes, surtout ceux de l’école
de Skinner et de Wolpe, ils lui reprochaient de s’intéresser
trop activement aux contenus cognitifs plutôt
que de s’en tenir aux comportements extérieurement
observables.
Ellis rapporte que toute cette opposition n’arriva
pas à ébranler sa conviction, basée
sur son expérience personnelle, en l’efficacité de
la PER.
Pendant les années 60, un changement profond
commence à se produire en psychologie et en
psychothérapie. C’est à cette époque
que la psychologie cognitive, dont on trouve les racines
dans l’œuvre de Piaget et de ses collaborateurs
vingt ans plutôt, commence à être
connue et reconnue comme un courant de pensée
valable.
On commence alors à reconnaître l’importance
déterminante des cognitions (interprétations,
pensées, croyances) dans la création
de l’émotion et la détermination
de l’action.
Au même moment, des praticiens comme Schutz
(1967) et Perls (1969) adoptent des méthodes
résolument actives et centrées sur le
présent, s’écartant ainsi de l’obsession
du passé qui avait largement déterminé jusqu’alors
la démarche thérapeutique. D’autres
formes de thérapie, comme l’analyse transactionnelle
(Berne, 1961, 1964) commencent à insister sur
l’importance des facteurs cognitifs. Les thérapies
existentielles et humanistes recommandent le dialogue
direct entre le thérapeute et le client, dialogue
portant sur les valeurs humaines et la philosophie
du client. (Frankl, 1966, Mai, 1969) Des thérapeutes
comme Haley (1963,1976) et Watzawick (Watzlawick, Beaven
et Jackson, 1967, Watzlavick, Weakland et Fish, 1974)
préconisent une démarche de résolution
de problèmes nettement directive et active.
La PER avait déjà commencé à adopter
ces diverses procédures au milieu des années
50.
Vers la fin des années 60, on assiste également à un
changement notable dans le domaine de la thérapie
du comportement. Des théoriciens réputés
comme Bandura (1969) et Franks (1969) font remarquer
que les humains ne font pas que réagir à un
stimulus externe, mais aussi et surtout aux interprétations
et cognitions qu’ils se forment à partir
de ce stimulus. On passe d’une conception watsonienne
du comportement (S-R) à une conception plus
nuancée qui inclut l’intervention de l’organisme
(S-O-R) dans la réponse au stimulus. La recherche
dans ce domaine commence à démontrer
que, lorsque le client, avec l’aide du thérapeute,
parvient à modifier ce qu’il se dit à lui-même,
il parvient également à modifier de façon
notable ses émotions et ses actions.
Pendant les années 60 encore, Aaron T. Beck
(1967-1976) arrive à la conclusion que la dépression
résulte en grande partie de manières
de penser erronées et élabore une forme
de thérapie qui ressemble de près à la
PER. À la suite d’Ellis et de Beck et
influencé également par les théories
de Georges Kelly (1955), un groupe important de praticiens
et de théoriciens élabore une forme de
thérapie cognitivo behaviorale (cognito-behavior
therapy) qui compte actuellement parmi les mouvements
les plus importants dans le domaine de la psychothérapie.
On retrouve parmi eux Davison et Neale (1975), Goldfried
et Davison (1976), Goldfried et Merbaum (1973) Kanfer
(Kanfer et Goldstein, 1975) Lazarus (1971a, 1971b,
1976), Mahoney (1974, 1977b), Meichenbaum (1977) et
Rimm et Masters (1974).
Ce considérable travail de recherche a fait
de la PER l’une des formes les plus connues et
les plus populaires de psychothérapie. Plusieurs
auteurs ont fait paraître des volumes techniques
dans le domaine, parmi lesquels on retrouve Diekstra
et Dassen (1966), Hauck (1972), Lange et Jakubowski
(1976), Lembo (1976), Morris et Kanitz (1975), Wolfe
et Brands (1977), Grieger et Boyd (1980), Wessler et
Wessler (1980), Walen, Di Giuseppe et Wessler (1980).
De nombreux ouvrages destinés à permettre
au lecteur d’appliquer directement dans sa propre
vie, les principes et pratiques de la PER ont été édités.
Parmi les auteurs de ce type de volume, on compte Auger
(1974, 1977, 1979a, 1979b, 1980, 1981, 1983, 1984a,
1984b), Ellis (1957a, 1965a, 1965b, 1973, 1976a, 1976c),
Ellis et Harper (1961a, 1975), Ellis, Wolfe et Moseley
(1966), Goodman et Maultsby (1974), Hauck (1973, 1974,
1975), Lembo (1974, 1977), Maultsby (1975), McMullen
et Casey (1975), Powell (1976), Thoresen (1975), Young
(1974), Duval (1984) et Houde (1982, 1983a, 2983b).
On retrouve l’influence de la PER dans les œuvre
de divers auteurs, que ceux-ci le reconnaissent ou
non. Il est évident que les auteurs suivants
se sont inspirés de la PER : Wayne Dyer,
William Glasser, Haim Ginott, Ken Keyes, Ray Masters
et Manuel Smith.
Si on tient compte de l’influence marquée
qu’a exercée la PER à la fois dans
les domaines de la recherche et de la pratique en psychothérapie,
il ne semble pas exagéré d’affirmer
que cette méthode constitue l’une des
démarches les plus actives et les plus influente
de notre siècle.
* Tiré et
adapté du livre : La démarche émotivo-rationnelle
du Dr. Lucien Auger

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