|
Hommage
à Lucien Auger, Ph.D. (1933-2001)
Le Québec a perdu un grand psychologue. Lucien
Auger n'est plus parmi nous; la maladie aura eu le dernier mot. Sa
parole restera cependant, lui qui adapta, enseigna et pratiqua une approche
cognitivo-behaviorale, la psychothérapie émotivo-rationnelle
développée notamment par le psychologue Albert Ellis, Ph.D.,
inspiré
de grands philosophes. Auteur prolifique, Lucien Auger vulgarisa
cette approche pour la rendre accessible à la population. Son livre S'aider
soi-même, vendu à près de 200 000 exemplaires, allait être
le prélude
à une longue série d'écrits dont le dernier : Savoir
vivre : faire soi-même sa thérapie.
Le Dernier Auger ! publié à titre
posthume. Seize livres, vingt-quatre cahiers, des milliers de conférences,
une pédagogie soutenue, moult apparitions publiques et une pratique
constante de la psychothérapie, voilà le bilan de toute une carrière
chargée d'émotions et de raison. Cette uvre vouée à
l'entraide, il la doit également à ses enfants qu'il chérissait,
et à Micheline, son épouse, sa confidente, à qui il vouait
un profond amour. Elle était pour lui inspiration, voir critique littéraire
et auteure; la compagne de sa vie. Avec " Lucien ", elle écrivit
une page de la psychologie québécoise et contribua, à sa
manière, à alléger la souffrance morale de milliers de
personnes aux prises avec des idées " irrationnelles " et
de nombreuses émotions entravant leur recherche de bonheur.
Lucien Auger obtint son doctorat en psychologie en 1969. il
participa alors à la mise sur pied du Centre Interdisciplinaire de Montréal
(CIM), dont il demeura un des directeurs.
Il fonda en 1977 les Ateliers de Développement Émotivo-Rationnel
(ADER) et, en 1984, il participa à la création de l'Association Émotivo-Rationnelle
Internationale (AÉRI) de même qu'au lancement de la revue Confrontation.
Son influence fut profonde au Québec; rares sont les personnes qui n'ont
pas lu, écouté ou entendu parler de Lucien Auger.
Homme de lettres, philosophe, théologien, pédagogue
et docteur en psychologie, formé tant à Montréal qu'à Boston,
Lucien Auger maniait redoutablement la plume et l'art oratoire. Ceux qui furent à même
de le voir travailler ont constaté son érudition, sa grande maîtrise
d'une argumentation logique et de la méthode socratique, de même
que son habileté toute particulière
à désamorcer le désarroi par l'humour; ultime victoire
de l'esprit. Son but, simplifier pour le grand public une approche complexe
de la psychologie et favoriser l'épanouissement non seulement de psychologues,
mais aussi d'aidants naturels. Il cherchait inlassablement
à outiller les gens en quête de bonheur.
Parfois contesté
par ses pairs, il suscitait la controverse; un débat encore d'actualité.
Comment générer l'entraide sans déroger aux principes
du professionnalisme, sans étendre sa connaissance et la partager avec
ceux qui soutiennent leurs proches ou avec les laissés-pour-compte ?
Soucieux de l'importance d'une formation rigoureuse, Lucien Auger ne déployait
toutefois pas son savoir qu'auprès des psychologues; il préoccupait
particulièrement de gens parfois dépourvus, qui n'avaient pas
nécessairement accès à des professionnels en mesure de
leur venir en aide. Il leur enseignait à connaître le contexte
de leurs souffrances, à nuancer causes et occasions, et
à bien comprendre que les idées sont à la base d'émotions
parfois dévastatrices pour l'individu et les membres de son environnement.
Jamais il ne dérogeait 'un principe fondamental, soit la capacité de
tout être humain de
" s'aider soi-même ".
Des modifications profondes de la pensée naquit l'idée
d'insister sur le passage nécessaire à
l'action constructive. L'être humain est capable de raison, mais une
telle démarche demeure stérile sans une concrétisation
du changement par des actions tangibles. Lucien Auger n'hésitait pas,
en bon pédagogue, à donner des devoirs à ses clients,
tout en appliquant certains principes cognitifs ou comportementaux. Il confrontait
leurs idées afin de favoriser l'émergence de pensées visant
un mieux-être et un changement de comportement.
Lucien Auger était apprécié pour son franc-parler,
la clarté de son discours, la compréhension qu'il avait de la
souffrance humaine, somme toute, pour son humanisme. À l'instar du Pellerin,
il adaptait inlassablement son discours aux besoins de chacun. Le Québec
lui doit beaucoup, ses écrits resteront et sa mémoire continuera
d'influencer le cœur et la raison.
Depuis quelque temps, Lucien Auger s'était retiré avec
son épouse dans sa demeure de Mont-Saint-Hilaire, comme s'il savait
que le moment était venu de faire le point; l'écriture et la
lecture demeuraient ses passions. Il mourut le 27 février 2001. Le salon
funéraire était bondé de gens qu'il avait aimés
ou qui ont bénéficié
de son savoir et de son dévouement. Tous étaient présents
pour célébrer l'homme qui venait certes de mourir, mais qui nous
avait légué une sagesse, une philosophie de la vie. L'esprit
de Lucien Auger restera vivant; il continuera d'influencer nos idées
et nos actions.
Gilbert Desmarais, Ph.D.
Andrée Faucher Ph.D.
- Extrait de la revue Psychologie Québec,
janvier 2002 
|